Bruno Masson - "Nous devons nous interroger sur notre modernité, qui tend à rechercher l’efficacité au détriment de notre humanité."
Les Insubmersibles
Pouvez-vous vous présenter, ainsi que votre société et votre activité ?
Je suis architecte, diplômé de l’École nationale d’architecture de Saint-Étienne. C’est pendant mes études que j’ai rencontré Philippe Canivet, qui est ensuite devenu mon associé. Nous avons toujours eu l’ambition de créer quelque chose ensemble. En 2007-2008, nous avons repris l’agence de son père, une structure stéphanoise qui était en déclin. Nous n’étions que cinq au moment de la reprise. Développer une agence d’architecture est un travail de longue haleine : il faut des années pour se constituer un carnet de commandes, des références et une notoriété. Nous avons très vite réalisé que la seule manière de gagner du temps était de créer un outil collaboratif en associant plusieurs agences.
C’était un pari audacieux, voire une mission impossible, que d’arriver à associer des architectes entre eux. Comme le veut une plaisanterie bien connue : « Quelle est la différence entre Dieu et un architecte ? Dieu ne s’est jamais pris pour un architecte. » Plus sérieusement, en 2010, nous avons fusionné l’agence stéphanoise et l’agence valentinoise dans laquelle Philippe travaillait. Nous avons baptisé le groupe AAGROUP en conservant la première lettre des deux agences (Arch à Saint-Étienne et Aries à Valence). Puis, nous avons structuré notre développement à l’échelle régionale.


Nous avons ensuite rencontré une agence lyonnaise, « Babylon Avenue », par l’intermédiaire d’un promoteur qui souhaitait nous associer sur une importante opération. L’un des jeunes associés, Guillaume Grange, s’interrogeait sur l’avenir de sa structure en raison de l’âge avancé des associés historiques et majoritaires. Nous avons construit ensemble le projet de reprise. C’est à ce moment-là que la dynamique collective a véritablement pris son essor. Après Lyon, nous nous sommes développés à Dijon, Clermont-Ferrand, Paris, Lille, Rennes, Montpellier, et bientôt une dixième ville du Nord viendra rejoindre l’aventure. À chaque étape, nous avons su tisser avec humilité des liens d’amitié et de confiance entre les associés, convaincus que la force d’un réseau repose avant tout sur la qualité des relations humaines qui l’animent. Car une structure n’est jamais plus forte que les femmes et les hommes qui la composent. Aujourd’hui, AAGROUP représente 145 collaborateurs, et nous serons 170 d’ici la fin de cette année.
Ce qui nous intéresse dans ce projet, c’est de pouvoir exercer notre métier d’architecte en réalisant des bâtiments remarquables, d’obtenir des commandes emblématiques et de mener des projets que nous n’aurions jamais pu espérer réaliser en restant seuls dans notre coin. Aujourd’hui, nous avons réalisé le conservatoire de Meaux, le plus grand planétarium de France à Vulcania, le magnifique centre Dauphine au cœur de Dijon, ainsi que le village olympique des athlètes pour les Jeux olympiques de Paris. Tous ces projets, ainsi que ceux à venir, nous font rêver. La taille de notre structure permet également de réunir de nombreuses compétences : santé, construction bois, patrimoine, urbanisme, bâtiment passif… Ces expertises viennent enrichir l’acte de construire tout en restant ancrées dans nos territoires. Car l’un des fondements de notre existence réside dans cet ancrage territorial. Nous ne sommes pas de nulle part ; nous sommes d’ici.
Si vous aviez la capacité d'importer en France des méthodes que vous avez vues à l'étranger, dans des périmètres comparables aux vôtres, quels seraient-ils et qu'est-ce que ça pourrait changer, selon vous ?
J’aurais tendance à rebondir sur l’actualité, alors qu’aujourd’hui nous nous interrogeons sur le vieillissement de la population et, plus largement, sur la place des personnes fragiles dans notre société. Ce sont les fameuses lois actuellement en discussion et je trouve qu’il y a là un véritable changement de paradigme. Au lieu de protéger ces personnes fragiles, on leur propose de les aider à partir. Ce n’est pas digne de nous.
Pour moi, une société se juge à sa capacité à accueillir les plus fragiles, aussi bien au début qu’à la fin de la vie. Je pense que nous devons nous interroger sur notre modernité, qui tend à rechercher l’efficacité au détriment de notre humanité. Il est frappant de constater que les pays les plus pauvres conservent souvent un attachement fort à la solidarité et à la famille, sans doute parce qu’ils savent qu’ils ont besoin les uns des autres. Nos sociétés modernes sont devenues trop individualistes et, par conséquent, de moins en moins humaines. Ce phénomène s’est déjà observé à d’autres époques et dans d’autres civilisations. Je pense que nous devons rapidement nous remettre en question, sous peine de voir l’Occident disparaître de l’Histoire.
Si vous aviez un message à faire passer aux responsables politiques actuels, quelle que soit leur échelle, localme, régionale ou nationale, quel serait-il ?
N’ayez pas peur de la démocratie. Vous, responsables politiques, ne pouvez pas continuer à gouverner sans le peuple et contre lui. Le décalage entre la volonté populaire et les décisions politiques, sur de nombreux sujets, est abyssal. Il ne faut pas avoir peur du suffrage universel. Mais pour cela, il faut permettre de véritables débats d’idées, libres et ouverts, sans ostraciser ses opposants ni instrumentaliser les médias ou la justice. Le principe même de la démocratie est d’accepter le choix du peuple. Oui à l’indignation, mais non à l’insurrection.
En quoi selon vous le futur est-il prometteur ?
Parce qu’il est le futur. Parce qu’il est devant nous et qu’il ne peut être que prometteur. Le passé est terminé ; le futur est l’avenir, et il ne peut être que porteur d’espérance. Aujourd’hui, nous avons parfois l’impression de revivre l’an mille, où de nombreux prophètes annonçaient sans cesse la fin du monde. Pour ma part, je préfère garder confiance en l’Homme, qui possède une capacité extraordinaire à relever les défis. Bien sûr, il faut veiller à l’équilibre de la planète, mais il faut avant tout être conscient de la fragilité de notre propre humanité et s’attacher à la préserver en toutes circonstances. Tant que nous continuerons à préserver cette humanité, l’Homme aura un avenir.
Vous pouvez retrouver Bruno Masson et ses actualités sur LinkedIn.
Reprenez le contrôle de votre temps !
Je suis là pour vous aider à reprendre le contrôle de votre temps. Contactez-moi, pour des solutions sur mesure, spécifiques à votre situation.
Notre premier échange est gratuit et sans engagement.
CONTACT
contact@baronconseil.fr
06 50 36 13 36
© 2025. All rights reserved.
