selective focus photography of people sitting on chairs while writing on notebooks

Euriel Morvézen - "On ne dort plus assez, le sommeil n'est plus de qualité et que cela a un impact sur notre santé, notre humeur, nos performances au travail."

Les Insubmersibles

Pouvez-vous vous présenter, ainsi que votre société et votre activité ?

Je m'appelle Euriel Morvézen, j'ai 52 ans, bretonne pur beurre, en couple et maman de 2 jeunes hommes de 22 et 24 ans. Je suis la fondatrice de Loulenn que j'ai créé en 2020 en partant d'un constat : 75% du marché de la couette est tenu par le synthétique. Autrement dit, 75% des Français dorment entourés de pétrole dans un lit infesté d'acariens.

Je suis partie des cinq années que j'ai passées en Australie pour bousculer ce naufrage nocturne. En créant Loulenn, j'ai voulu faire les louanges de la laine française et proposer une couette qui offre des sensations que ni la plume ni le synthétique ne peuvent égaler. Pourquoi ? Parce que les variations de température et le rythme cardiaque se stabilisent grâce à la laine, on dort sans transpirer et les acariens disparaissent naturellement, faute d'humidité. Le concept, c'est vraiment de PRENDRE SOIN : de créer du lien social en fabriquant en France, avec des ateliers au savoir-faire d'excellence, d'avoir un impact environnemental en réduisant notre consommation d'énergie fossile, mais surtout de prendre soin des gens qui dorment grâce à cette fibre naturelle qu'est la laine, en abondance en France.

Comment expliquez-vous que le grand public ne sache pas dans quoi il dort, justement, à l'heure actuelle ? Et est-ce qu'on peut faire un lien avec la chute de la quantité et de la qualité de sommeil qu'on constate depuis les cinquante dernières années ?

L'histoire est assez fascinante. Le synthétique s’est invité dans nos vie, dans nos chambres dans les années 1960-1970, en plein cœur de la révolution du "tout plastique" et du prêt-à-jeter. À l'époque, la couette synthétique a été vendue comme un outil de "libération de la femme", car elle remplaçait le rituel fastidieux des draps, couverture en laine et dessus de lit à border chaque matin, et avec cela, la promesse d'hygiène, la facilité de lavage en machine, et surtout un coût de production dérisoire. Au fil du temps, on en a oublié l'essentiel : le sommeil. C'est à cette même période que le synthétique dans le textile a fait fureur et qui explique la perte quasi totale des savoir-faire en France, au profit de l'Asie. La baisse de qualité, de matières naturelles dans le textile correspond aussi à l'essor des produits ultra-transformés dans l'agro-alimentaire. Fast-food, fast-fashion. Vite fait mais mal fait ?

J'ai l'impression que le COVID a été un électrochoc sur beaucoup de sujets. Cette période nous a donné du temps pour questionner ce que l'on consomme. On réfléchit davantage à ce dans quoi on dort, à ce que l'on mange, ce que l'on porte, ce qu'on a autour de soi et pour se rendre compte que l'on doit s'affranchir de la pétrochimie.

Le besoin de prendre soin du sommeil est devenu au cours des 10 dernières années un vrai enjeu de santé publique car on s'est aperçu qu'effectivement, on ne dort plus assez, le sommeil n'est plus de qualité et que cela a un impact sur notre santé, notre humeur, nos performances au travail... Je suis arrivée à ce moment-là, pour revisiter et prouver qu'on peut faire autrement, c'est à dire redonner à la couette sa une fonction essentielle : accompagner vers un bon sommeil pour de facto, passer une bonne journée. Il y a tout de même beaucoup d'idées reçues autour de la laine, il y a un gros travail pour rassurer, pour convaincre, pour éduquer sur le fait que non, la laine ne tient pas trop chaud, ça ne gratte pas, ce n'est pas lourd. Donc voilà, il y a tout ce travail à faire aussi autour de ce produit.

Quelle est la décision que vous avez prise par le passé et qui a tout changé dans votre manière de diriger votre entreprise, et comment cette décision a été provoquée ?

Entreprendre, c'est un sacré gros pari. On part de zéro, donc teste et on se plante parfois. J'ai eu un boss, qui m'a dit un jour : "on peut faire des erreurs Euriel, mais ce qui est important c'est d'en tirer des apprentissages et de ne pas s'entêter à les reproduire". Je dirige ma boite de cette manière : on peut se planter mais qu'est-ce qu'on apprend et comment on corrige pour la suite ?

Pendant les deux premières années, j'ai été accompagnée et ça fait un bien fou de ne pas se sentir seule, d'être guidée, challengée. Mais quand on est accompagné, on reçoit aussi beaucoup de conseils de toutes parts et j'ai eu la sensation de vouloir faire plaisir à tout le monde et de me perdre, de me noyer en allant dans trop de direction à la fois. Au bout de 3 ans, j'ai fait un arrêt sur image et je me suis recentrée sur le e-commerce. J'ai arrêté de m'éparpiller pour créer plein d'autres produits, d'aller vers trop de secteurs différents, l'hôtellerie, la distribution, le e-commerce.

Je me suis assurée que la base fonctionne pour, plus tard, déployer vers d'autres secteurs et d'autres produits. C’était indispensable de prendre de la hauteur et de trancher, et admettre que nous n’étions pas assez nombreux (j'avais qu'une seule salariée et deux alternants).

J'ai eu une carrière de 17 ans dans le transport international de marchandises, à l'étranger puis en France, donc j'ai fait quand même un très gros virage en changeant complètement d'industrie. Créer ma boite est ma plus belle et ma plus riche expérience professionnelle, moi qui aime l'adrénaline, je suis servie, mais c'est dur et malgré une très bonne literie, il arrive que je ne dorme pas bien !

En quoi selon vous le futur est-il prometteur ?

J'ai regardé un film en 2018 de Cyril Dion et Mélanie Laurent, vous avez peut-être vu, qui s'appelle « Demain ». J'ai beaucoup aimé leur approche, choisir de montrer ce qui va bien. Je m'abonne à plein de médias qui racontent ce qui va bien. Je suis quelqu'un de très optimiste, très positive, j'ai besoin de ça. Je me rends compte qu’il y a beaucoup d’initiatives, que ce soit à l'échelle d'entreprises, de pays, de villes, d'écoles, il y a plein de choses qui se mettent en place. Malheureusement, c'est un peu lourd pour les épaules de la jeune génération. Les boomers ont sacrément abimé, gaspillé. J'ai envie de croire que cette nouvelle génération aura plus conscience de son impact et plus de volonté à changer le monde, à se délester de l'industrie ultra-transformée, de l'industrie du pétrole et à revenir à des choses beaucoup plus essentielles et beaucoup plus sobres. La prise de conscience est réelle, mais elle n'est pas suivi en politique et de manière globale. Les catastrophes environnementales vont plus vite que les décisions à les ralentir. Je ne sais pas dans quel état sera notre planète dans 100 ans, mais j'espère qu'avec Loulenn, nous arriverons déjà à faire notre part : valoriser la laine française, soutenir les éleveurs en leur offrant un revenu supplémentaire, permettre à des millions de gens de mieux dormir. Si les nuits sous une couette Loulenn portent de meilleurs conseils, alors j'espère que les gens auront des idées à impact plus positif ! Là je serai fière de mon passage sur cette Terre.

Vous pouvez retrouver Euriel Morvézen et ses actualités sur LinkedIn.

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