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Jérôme Fourest - "Tout seul, je ne suis rien ; avec mon équipe, on est tout."

Les Insubmersibles

Pouvez-vous vous présenter, ainsi que votre société et votre activité ?

Après une école de commerce (HEC en 2003) et une première expérience marquante dans une PME, j'ai rejoint l'équipe de création de « L'atelier des Chefs » (cours de cuisine). J'y ai été l'un des premiers collaborateurs et actionnaire, et nous avons développé la boîte de 0 à 10 millions d’euros de chiffre d'affaires en sept ans.

À 30 ans, j'ai eu l'opportunité de devenir Directeur Général de « La Maison du Whisky ». C'est une entreprise magnifique qui distribue des spiritueux d'excellence. J'y suis resté deux ans avant d'être approché par « Comtesse du Barry », qui venait d'être rachetée par la coopérative Maïsadour. Pendant sept ans, j'ai redressé cette boîte en profondeur, notamment en reconstruisant un modèle économique rentable et en étudiant de près les modèles de l'alimentaire premium.

Il y a cinq ans, suite à un coaching décisif, j'ai décidé de devenir entrepreneur. Je cherchais une entreprise dans l'alimentaire, située en Occitanie, et surtout non dépendante de la grande distribution. Je suis tombé sur « Banquiz », une société de vente de produits surgelés en Aveyron. Au début, le concept ne m'a pas fait vibrer, puis j'ai eu une révélation à 3 heures du matin : c'était le concept parfait du « point de vente sans point de vente ».

Avec Banquiz, c'est le magasin qui vient au client via des camions magasins. C'est un business ultra-robuste, avec un lien social très fort et un modèle « asset light » (peu de capital investi car pas de travaux ni pas-de-porte). Depuis quatre ans, nous avons affiné le modèle et nous venons de nous lancer en franchise pour lutter contre les déserts alimentaires.

Si vous aviez la capacité d'importer en France des méthodes que vous avez vues à l'étranger, dans des périmètres comparables aux vôtres, quels seraient-ils et qu'est-ce que ça pourrait changer, selon vous ?

En réalité, notre concept, nous ne l'avons pas importé de l'étranger mais du passé. Nous sommes une sorte de « Madeleine de Proust » : nous reprenons le rôle de l'épicier, du boulanger ou du boucher qui passait autrefois dans les villages. Certes, nous pourrions utiliser davantage l’IA pour la recommandation ou la logistique, mais ce que nous vendons avant tout, c'est de la relation humaine. Nos vendeurs passent du temps avec les clients, parfois sans même qu'il y ait d'achat immédiat, car nous investissons sur le long terme. Nous avons un taux de fidélité exceptionnel.

Même si des leaders mondiaux comme les Allemands de Bofrost réussissent très bien avec le camion-magasin, notre projet n'est pas d'exporter ou de copier des modèles internationaux. Nous restons sur des produits ultra-locaux et français. Notre combat est celui de l'accès à l'alimentation pour les 11 millions de Français qui en sont éloignés. Chez Banquiz, moins on fait de digital et plus on est dans l'authentique, mieux on se porte.

Quelle est la décision que vous avez prise par le passé, qui a tout changé dans votre manière de diriger votre entreprise ? Comment cette décision a-t-elle été provoquée ?

Quatre mois après avoir repris l'entreprise, j'ai eu un grave problème de santé qui m'a obligé à m'absenter pendant un an. Pendant cette période, mes deux bras droits (l'un à la supply et l'autre au marketing) se sont réparti l'intégralité du travail.

À mon retour, il a été difficile de trouver ma place. La décision fondamentale que j'ai prise, avec l'aide de coachs et d’actionnaires bienveillants, a été de ne pas récupérer l'opérationnel. Aujourd'hui, l'intégralité des tâches quotidiennes est gérée par mon équipe et cela me permet d'être pleinement disponible pour la stratégie et la vision. Tout seul, je ne suis rien ; avec mon équipe, on est tout.

Je m'inspire d'une phrase (attribuée au Maréchal Joffre) : Être patron (NDLR « général ») c’est « Ne rien faire ; tout faire faire ; ne rien laisser faire ». Le plus dur pour un patron de PME, c'est le « ne rien faire ». Aujourd'hui, mon rôle est de donner l'impulsion et la direction, de fournir les moyens à mes collaborateurs et de garder une vision à 360°. Cette délégation totale est ce qui fonde ma manière de diriger Banquiz aujourd'hui. On est beaucoup plus forts à trois, avec mes associés, car nos personnalités sont parfaitement complémentaires.

En quoi selon vous le futur est-il prometteur ?

J'ai assisté récemment à une conférence de futurologues qui imaginaient le monde en 2050. Le scénario technologique pur, façon « Matrix » ou robotisation totale, est une possibilité. Mais je suis convaincu qu'il y aura un réveil de l'humanité pour préserver le lien social, l'amitié et l'émotion.

Le futur est prometteur pour les métiers de service car la population va vieillir et aura besoin d'accompagnement au quotidien. Quant aux conseils pour les générations futures, je citerai le futurologue Stéphane Amarsy : « Laissez vos enfants faire ce qu'ils aiment et ce qui les amuse, car de toute façon, ce ne sera pas leur métier ». Le monde change si vite que les métiers de demain n'existent pas encore.

Je vois donc le verre à moitié plein : tant que nous resterons sur la relation humaine et le plaisir (comme celui de manger ou de partager un bon produit), nous aurons un avenir. L'humanité finira peut-être par se protéger de l'excès de connexion virtuelle pour revenir à l'essentiel. C’est ce que nous faisons modestement avec nos camions : maintenir un lien réel et authentique.

Vous pouvez retrouver Jérôme Fourest et ses actualités sur LinkedIn.

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