Léonidas Kalogeropoulos - "« Notre Révolution s’est faite au cri de « Vive la Nation », pas de « Vive l’Etat »".
Les Insubmersibles
Pouvez-vous vous présenter, ainsi que votre société et votre activité ?
Je suis Léonidas Kalogeropoulos. J’ai créé il y a 35 ans environ le cabinet « Médiation et Arguments », qui a eu l’occasion de constater, par les mandants qu’il a accompagnés, à quel point les entreprises apportent des solutions à des problématiques d’intérêt général.
Cela m’amène à être favorable à la concurrence. Partout où il y a des monopoles, il y a plein de solutions potentielles à des problèmes d’intérêt général qui ne voient pas le jour. D’ailleurs, il y a des domaines dans lesquels la concurrence est de droit. C’est le cas, par exemple, dans les médias. On considère que, s’il n’y a pas de concurrence, il n’y a pas suffisamment d’idées qui se développent. C’est pareil dans beaucoup d’autres domaines.
L’entreprise est un mode d’expression. Il y a l’expression et la communication des idées, mais l’entreprise n’est jamais autre chose que des idées concrètes ou concrétisées. Partout où il y a des monopoles, il y a donc plein d’idées qui n’arrivent pas à se concrétiser. C’est la raison pour laquelle j’ai fait tomber énormément de monopoles, une bonne vingtaine, dans de nombreux domaines : le numérique, les télécoms, les médias, la distribution de la presse, l’isolation thermique des bâtiments, les audioprothèses, le médical… un nombre incalculable de monopoles qu’on a fait tomber. À chaque fois, j’ai pu constater que, grâce à ces monopoles qui sont tombés, de nouvelles solutions ont pu voir le jour, apportant de nouvelles réponses à des problématiques d’intérêt général.


On en est arrivé à créer une plateforme qui s’appelle « Entrepreneurs pour la République », que j’ai créée, et qui rassemble aujourd’hui 800 solutions d’entreprise à des problèmes d’intérêt général. Là où vous avez, dans un gouvernement, des ministres et des cabinets avec des conseillers pour toutes les problématiques d’intérêt général, dans tous les domaines, sur Entrepreneurs pour la République, vous avez des solutions concrètes à toutes ces problématiques. Elles s’enrichissent un peu tous les jours. J’y découvre des solutions que je ne connaissais pas, des choses extraordinaires.
Cela nous amène à développer cette idée qu’on a qualifiée d’« entrepreneurisme ». Ce n’est pas du libéralisme, parce que ce n’est pas forcément en étant libéraux selon les dogmes du libéralisme historique que l’on arrive à voir des entreprises se créer. Il y a plein d’autres modèles dans lesquels des entreprises se créent, au-delà du simple libéralisme traditionnel.
Notre conviction, que nous portons dans tous nos dossiers, c’est que plus on a d’entreprises et d’entrepreneurs, plus on a de solutions qui viennent enrichir les réponses à des problématiques d’intérêt général.
C’est ce qui nous caractérise et ce qui fait venir à nous des entrepreneurs souvent très patriotes dans leur état d’esprit. Cela nous amène à avoir la conviction que, dans tous les dossiers que nous accompagnons, nous faisons du bien à notre pays, à la France, bien entendu en totale harmonie avec ce qui est bon pour l’Europe, parce que, si la France n’a plus d’entreprises, elle ne pourra pas contribuer utilement au dynamisme de l’Europe.
Il n’y a aucune antinomie entre le patriotisme qui est le nôtre, notre combat pour la souveraineté nationale, industrielle et entrepreneuriale de notre pays, et la conviction qu’en agissant ainsi, nous faisons également avancer la cause européenne. Nous sommes des lobbyistes mus par un sentiment citoyen et patriotique, très profondément ancré.
Vous avez parlé du rôle essentiel des entrepreneurs. Aujourd’hui, encore plus que d’habitude, on demande beaucoup d’efforts aux entrepreneurs, aux créateurs d’entreprises et d’emplois. De votre côté, vous proposez que ces mêmes entrepreneurs aient un rôle d’exemplarité civique. Pouvez-vous détailler ?
Il y a d’abord le cas d’entreprises qui, par le cœur même de leurs activités, apportent des solutions à des problématiques d’intérêt général. Je vais en prendre deux, parce que c’est mon actualité et celle de notre pays.
Face à la sécheresse, une société comme le groupe Vernet, centenaire, qui compte 1 000 collaborateurs, dont 500 en France, développe un composant thermostatique que l’on met dans les mitigeurs thermostatiques de douche. Ce sont des douches qui permettent d’avoir la température que l’on veut quand on ouvre le robinet, sans avoir à la chercher.
Un organisme public, le CSTB, a mesuré que l’on réalisait environ 15 % d’économie d’eau chaude en ne cherchant pas la température à chaque douche. Quand on généralise cette économie à l’échelle de toutes les douches du pays, cela représente 2 milliards d’euros d’économies en eau et en énergie, selon le CSTB. À un moment où l’on souffre de la sécheresse, vous voyez le potentiel que l’on a si, plutôt que des lois, des décrets ou des interdictions, on développe une solution de cette nature.
Autre exemple : nous sommes bloqués ou, en tout cas, très dépendants en matière de ressources énergétiques, et vous connaissez les tensions sur les prix de l’énergie. En matière de gaz, depuis le 1er septembre, on a eu plus de 5,1 % d’augmentation des prix. Au mois de juillet, c’était 7 % d’augmentation. Tout cela parce que 4 à 5 % de notre consommation de gaz transite par le détroit d’Ormuz.
Une entreprise qui s’appelle la Française de l’énergie a exploré un site en Lorraine. Il y a potentiellement 5 % de notre consommation d’énergie à portée de main. Elle a investi depuis 15 ans. C’est totalement utilisable à partir d’aujourd’hui. Il suffit de mettre la pompe et de commencer à distribuer.
Vous voyez que le président de la République cherche partout, sur toute la planète, de quoi diversifier nos approvisionnements en gaz. Or, nous avons une solution sous nos pieds, parce qu’une entreprise, malgré la loi Hulot, qui avait dit : « Plus jamais on n’exploitera des hydrocarbures en France », a déclaré : « Moi, j’ai commencé avant la loi. La loi me permet d’aller jusqu’au bout. »
Voilà des contributions d’entreprises directement liées à leur métier. Mais je peux aussi vous citer une entreprise comme Gaches Chimie, qui compte 700 collaborateurs et se trouve à Toulouse. Ils ont subi de plein fouet la canicule cet été. Son dirigeant a dit : « Mes collaborateurs n’ont pas seulement la canicule dans la journée, quand ils travaillent, ils l’ont aussi chez eux quand ils veulent dormir. S’ils ne peuvent pas dormir, ils ne peuvent pas se reposer. Ils ne peuvent donc pas venir et être en pleine forme au travail. » Il a lancé un grand plan d’acquisition de climatisation pour les collaborateurs à leur domicile.
C’est encore une forme d’exemplarité : des entrepreneurs qui se disent : « Il existe un problème, qu’est-ce que je peux faire ? »
Je voudrais revenir à ce que signifie le mot "entrepreneur". Entrepreneur, ça veut dire « prendre en main ». Il y a un problème, je n’attends pas que la solution vienne d’ailleurs : je prends le problème en main et je le fais mien. C’est l’idéal de la citoyenneté, c’est la raison pour laquelle je suis, à titre personnel, extrêmement républicain. Je pense que l’idéal de la République, c’est la vertu citoyenne. Et il n’y a pas de plus grande vertu que celle de citoyens qui se disent : « Il y a des problèmes, qu’est-ce que je peux faire ? Je vais les prendre en main. » Là où je suis, avec mes compétences et mes talents, je vais faire le maximum.
C’est cela, les entrepreneurs, et je pense que cela répond largement à un idéal que nous avons un peu perdu de vue : l’idéal de la République, tel qu’il est décrit par Sieyès dans son livre « Qu’est-ce que le tiers état ? ». Une république d’entrepreneurs, c’est peut-être ce qui peut devenir l’un de nos idéaux, à une époque où l’on ne cherche plus autre chose que de quoi combler nos déficits.
Si vous aviez la capacité d’importer en France des méthodes que vous avez vues à l’étranger, dans des périmètres comparables aux vôtres, quelles seraient-elles et qu’est-ce que cela pourrait changer ?
Je serais guidé par une boussole qui ramène à un certain patriotisme. Il me semble que la France dit quelque chose au monde depuis longtemps et qu’elle se retrouve elle-même lorsqu’elle retrouve ce qu’elle a à dire au monde.
Elle a mené quelques batailles. Si l’on remonte à notre évolution fondatrice, lorsqu’elle a mené la bataille de Valmy, elle l’a fait au cri de « Vive la Nation » et non de « Vive l’État ». « Vive la Nation », c’est « Vive la capacité de maîtriser son destin », « Vive la capacité d’aller au bout de ses projets ».
Très paradoxalement, la France a des noms extraordinaires dans son histoire, qui font la fierté de notre pays, et qui ont tous vécu des heures terribles lorsqu’ils ont essayé de percer dans leur domaine.
Le symbole de la France à travers la planète, c’est la tour Eiffel. Vous savez combien Eiffel a eu du mal à vivre un moment de tranquillité dans tout ce qu’il a développé. Les infrastructures d’art qu’il a laissées derrière lui, sans compter notre symbole national, ont toujours été extrêmement compliquées et décriées.
Je pense à Victor Hugo. Vous vous souvenez de la bataille d’Hernani, il a été honni, et pourtant cela a donné les funérailles les plus célèbres et les plus fournies de l’histoire de France.
Je pense à la vaccination : Pasteur a été décrié comme un charlatan pendant à peu près toute sa vie, jusqu’à ce qu’il soit finalement reconnu.
Nous sommes un pays qui glorifie l’émancipation par l’action, mais qui regarde en même temps ceux qui essaient d’agir comme s’ils voulaient sortir des clous. Nous sommes partagés entre ces deux extrêmes, d’où le contrôle systématique de l’État sur ce que nous faisons tous.
Je pense que l’État a un rôle fondamental. Je ne suis pas du tout opposé à ce qu’il puisse faire ce qu’il a fait en matière d’énergie nucléaire et de planification. Mais il n’y a pas de paradoxe à avoir un État puissant et un secteur privé dynamique et puissant.
Il doit y avoir des passerelles, un dialogue et un respect mutuel. Chacun doit pouvoir respecter l’autre et lui reconnaître un périmètre utile. Malheureusement, nous n’avons réussi qu’à développer une défiance réciproque.
Je pense qu’il faut sortir de ce paradoxe. Beaucoup de pays qui nous entourent ont, de ce point de vue, des relations plus efficaces. Je pense notamment à la Suisse, qui est assez exemplaire, et à la tradition de coopération en Allemagne, que nous n’avons plus.
L’une des premières lois des deux quinquennats Macron, promulguée à l’initiative du Premier ministre Édouard Philippe, était une loi pour un État au service d’une société de confiance (Loi ESSOC). Le problème était identifié, mais ce n’est pas avec une loi que l’on surmonte des problématiques de cette nature. Il faut créer des liens, et pas simplement créer des institutions comme le Conseil national de la refondation, le CNR. La confiance se tisse avec des gens, autour de projets, en bâtissant. C’est le projet qui me motive avec la plateforme Entrepreneurs pour la République : nous essayons de la transformer en réseau social.
Nous pensons que ce qui permet de faire nation, c’est de faire ensemble, non pas de faire des lois ensemble, mais de bâtir des projets ensemble.
Les réseaux sociaux alternatifs ne consistent peut-être pas uniquement à créer X ou TikTok, ou je ne sais quoi d’autre, avec un capital français ou européen. Il s’agit aussi d’avoir une architecture différente de réseaux sociaux.
Plutôt que d’avoir des réseaux sociaux alternatifs qui donnent une caisse de résonance à la médisance, et dont le modèle américain nous a donné un exemple XXL de ce que la liberté d’expression pouvait apporter de pire, nous essayons de faire avancer l’idée que la liberté d’entreprendre (ou, en tout cas, la responsabilité d’entreprendre, notion qui m’intéresse beaucoup plus) peut nous réunir pour mener à bien des projets.
C’est ce que nous allons essayer de faire en transformant « Entrepreneurs pour la République » en réseau social. Ce réseau social porte un nom : Agora Fecit. L’Agora pour faire ensemble.
Ce qui m’anime, c’est la conviction que, pour faire nation, il faut faire ensemble. On l’a d’ailleurs vu avec les Jeux olympiques. Nous étions tous unis autour de cette unité que nous avions réalisée ensemble.
Il faut regarder son téléphone et ses réseaux sociaux pour voir quel est le projet auquel on peut contribuer : faire reculer la sécheresse, faire avancer notre indépendance énergétique ou numérique, ou déployer des solutions. Nous en avons 800 sur Entrepreneurs pour la République.
Nous pensons que c’est cela qui fait avancer la nation. Nous fédérons des entrepreneurs et des réseaux d’entrepreneurs. Notre raison d’être, c’est de rassembler.
En quoi selon vous le futur est-il prometteur ?
Je vais prendre ma journée d’aujourd’hui : je n’ai vu que des entrepreneurs venir rencontrer des autorités publiques pour faire avancer notre pays. Jamais, en 35 ans de métier, les entrepreneurs n’ont eu autant conscience qu’à travers ce qu’ils développent, ils apportent un bienfait au pays. Aujourd’hui, le meilleur argument de vente dont je dispose pour attirer des entrepreneurs et travailler avec eux, c’est de leur parler de la France. L’amour que nous portons à notre pays est un dénominateur commun d’une puissance exponentielle.
Je suis d’un optimisme inversement proportionnel à ce que je peux ressentir quand je regarde les débats en amont de la présidentielle qui nous attend. Mon optimisme est intégral. Je ne peux pas imaginer une seconde que la foi qui nous anime et que nous partageons, entre entrepreneurs, dans le potentiel de la France puisse être abîmée par le jeu des divisions politiques. Je crois que cette foi est infiniment plus forte que tout ce qui peut nous diviser, et je vous le dis en toute sincérité.
Vous pouvez retrouver Léonidas Kalegeropoulos et ses actualités sur LinkedIn.
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