Natsuko Perromat du Marais - "Même dans les moments de doute, on sait pourquoi on fait les choses et cela donne une vision plus large."
Les Insubmersibles
Pouvez-vous vous présenter, ainsi que votre société et votre activité ?
Je m'appelle Natsuko, je suis franco-japonaise et j'ai cofondé FURIFURI avec mon associée Julie Renaud. Nous avons lancé la marque il y a un peu plus de trois ans, avec une avant-première à La Grande Épicerie de Paris. Depuis, nous avons continué notre développement avec une stratégie de vente omnicanale : épicerie fine, digital, pharmacies, GMS sélective, export, BtoB...
Nous proposons une alternative au sel inspirée du furikaké. On aime bien dire que le furikaké est le condiment préféré des Japonais, parce que c'est vraiment un condiment qu'on retrouve dans presque toutes les familles au Japon. C'est un mélange de graines de sésame et d'algues. À l'origine, c'était un condiment santé, inventé par un pharmacien japonais au début du XXᵉ siècle.
Malheureusement, au Japon, les industriels ont commencé à ajouter beaucoup d'additifs, de conservateurs, de sucre, de sel, de colorants, à tel point qu'on ne connaît parfois pas la moitié des ingrédients. Il devenait très difficile de trouver des furikakés réellement naturels au Japon, comme dans les épiceries asiatiques où j'en achetais. On s'est dit qu'il y avait quelque chose à faire.


Julie est pharmacienne (un joli clin d'œil au créateur du furikaké !) et de mon côté, j'ai grandi au Japon et travaillé plus de dix ans pour Alain Ducasse. C'est cette complémentarité qui nous a donné envie de revenir aux origines 100% naturelles du furikaké et proposer un condiment santé, qui apporte du goût et de l'umami grâce aux algues de Bretagne. Nous avons opté pour une fabrication française, avec un mélange de graines de sésame et d'algues qui viennent de Bretagne, du Finistère Sud, chez un producteur qui s'appelle Algolesko. Ce producteur a réalisé un transfert de savoir-faire avec une entreprise japonaise pour apprendre la culture, la récolte et le séchage des algues.
Beaucoup de gens l'ignorent, mais on a en France plein de variétés d'algues exceptionnelles : du wakamé, du kombu, de la laitue de mer, de la dulse, de la nori… Dans nos mélanges, on les utilise sous forme de petites paillettes, auxquelles on vient ajouter des graines de sésame torréfié, des zestes d'agrumes bio, de l'oignon et de l'ail rissolés, ainsi que des épices de grande qualité. Tout cela nous permet de proposer toute une gamme de saveurs pleines de goût. On propose une solution pour saler autrement grâce aux algues de Bretagne. Ce sont des condiments très faciles à utiliser au quotidien, puisqu'il suffit de les saupoudrer sur tous les plats de tous les jours.
En France, le condiment a souvent une notion de plaisir avec un corollaire négatif sur la santé, comme le sel ou le sucre. Qu'est-ce que vous connaissez comme pratique pour assaisonner un plat sans que cela ait vraiment une incidence sur notre santé ?
J'ai grandi au Japon, donc je vais vous parler de ce que j'ai connu là-bas. Je pense qu'ils ont une petite recette secrète : ce fameux goût umami, ce cinquième goût, qui signifie littéralement “le goût délicieux”. Je le trouve fascinant et passionnant, parce que lorsqu'un plat est naturellement riche en umami, on ressent beaucoup moins le besoin d'ajouter du sucre ou du sel. Le plat se suffit presque à lui-même.
C'est ce que les Japonais recherchent dans beaucoup de leurs recettes. D'ailleurs, au Japon, il y a rarement une salière ou un poivrier sur la table. Les plats sont pensés pour être équilibrés dès la cuisine. Le furikaké est justement l'un de ces condiments qui permet d'apporter beaucoup de goût, de couleur, de croquant et d'umami, sans avoir besoin de saler davantage, notamment grâce aux algues. Au Japon, ce goût umami est présent dans énormément d'ingrédients du quotidien. Cela peut être un bouillon dashi à base d'algue kombu, un poisson mariné au miso, des champignons shiitakés ou des légumes fermentés. Mais finalement, on le retrouve aussi tout simplement dans les plats mijotés, lorsque plusieurs ingrédients cuisent longtemps ensemble.
On a souvent l'impression que le goût umami existe exclusivement dans la cuisine japonaise, alors qu'il est aussi très présent dans la cuisine française. Dans la cuisine de nos grand-mères, dans les fameux bouillons, dans tous ces plats mijotés qui cuisent pendant très longtemps dans de grandes cocottes en fonte, on retrouve naturellement ce goût umami. On a peut-être tendance à l'oublier aujourd'hui, parce qu'on cuisine plus rapidement et qu'on consomme davantage de plats préparés. Mais je suis contente parce que je pense qu'il y a une vraie prise de conscience autour des méfaits des plats industriels, trop salés, trop sucrés ou trop transformés. On a de plus en plus envie de revenir vers une cuisine plus naturelle, avec des ingrédients bruts, de saison, et davantage de naturalité.
Quelle est la décision que vous avez prise par le passé qui a tout changé dans votre manière de diriger votre entreprise ? Comment cette décision a-t-elle été provoquée ?
Le projet FURIFURI est né en plein Covid. Cela a été un moment où tout s'est ralenti, où, d'un coup, on a arrêté de courir dans tous les sens. On a passé beaucoup plus de temps à table en famille, à prendre le temps de cuisiner, de déguster un plat et de réfléchir à plein de choses. C'est à ce moment-là qu'on a regardé la composition du furikaké de plus près et qu'on s'est dit que ce n'était pas normal d'ajouter autant d'additifs et de conservateurs inutiles. On a eu envie de revenir aux origines 100 % naturelles de ce furikaké, avec de véritables qualités nutritionnelles. C'est aussi à cette période que j'ai découvert un principe de vie japonais qui s'appelle l'ikigaï. On le traduit souvent par « la raison pour laquelle on se lève le matin ». C'est ce qui donne du sens à notre vie, ce qui nous anime profondément et nous donne envie d’avancer. C'est un sujet qui me passionne.
Cela a été un vrai point de bascule de me demander : « Quel est mon ikigaï ? Qu'est-ce qui va me guider ? Quel va être mon fil conducteur, mon fil rouge ? ». Je pense avoir trouvé mon ikigaï entre autre avec FURIFURI. Il y a bien sûr l'envie de proposer un condiment bon pour la santé tout en gardant cette notion de plaisir. Mais au-delà du condiment, il y a aussi le fait de retourner à mes origines et de travailler autour de l’umami. C'est un goût universel, intimement lié aux émotions et aux souvenirs d'enfance.
C'est ce qui m'anime et je pense que cela a été un énorme point de bascule. Aujourd'hui, cet ikigaï me permet de me sentir plus forte et de traverser les tumultes de l'entrepreneuriat, parce que ce n'est pas toujours facile. Quand on se sent guidé par ce fil rouge, on avance différemment. Même dans les moments de doute, on sait pourquoi on fait les choses et cela donne une vision plus large. Il y a également un aspect de transmission. On ne le fait pas seulement pour nous, on le fait aussi pour les autres. C'est quelque chose que j'essaie aujourd'hui de commencer à partager. Je parle déjà beaucoup de cet ikigaï avec mes filles, qui sont aujourd'hui adolescentes. Pour moi, leur parler de l'ikigaï, c'est un cadeau. Ce n'est pas seulement réfléchir au type d'études qu'on a envie de faire ou au métier qu'on choisira plus tard. C'est aussi réfléchir à la raison pour laquelle on se réveille le matin et à ce qui nous anime profondément.
En quoi selon vous le futur est-il prometteur ?
Je pense que le futur est prometteur grâce à l'importance des petits gestes que l'on peut faire au quotidien. C'est vrai qu'on pourrait être inquiet de tout ce qui se passe aujourd'hui, des canicules, du réchauffement climatique et de l'état de la planète. On l'est forcément. Mais je pense qu'à notre niveau, si chaque personne commence à intégrer de nouveaux gestes, à prendre conscience de certaines choses et à faire évoluer quelques habitudes, on peut aller vers quelque chose de plus vertueux. Je reste assez confiante pour l'avenir, parce que je pense qu'il y a de véritables prises de conscience qui sont en train de se faire.
C'est ce que nous essayons de faire avec FURIFURI : proposer un nouveau geste simple au quotidien, qui permet de prendre soin de sa santé sans renoncer au plaisir. Et puis, il y a les algues. On aime bien dire que c'est le super aliment de demain, parce que c'est une ressource naturelle exceptionnelle, aussi bien pour notre santé que pour la planète. Les algues ne nécessitent ni eau douce, ni engrais, ni pesticides, ni terres agricoles. Elles participent aussi à la préservation des écosystèmes marins. Elles font partie de l'alimentation quotidienne des Japonais depuis des siècles et contribuent probablement à ce fameux secret de longévité japonais. Je pense que nous gagnerions tous à intégrer davantage les algues dans notre alimentation quotidienne, petit à petit, grâce à des gestes simples.
Vous pouvez retrouver Natsuko Perromat du Marais et ses actualités sur LinkedIn.
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