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Véronique Discours-Buhot - "Cinq cent mille dirigeants partiront à la retraite dans les années à venir, avec trois millions d'emplois en jeu."

Les Insubmersibles

Pouvez-vous vous présenter, ainsi que votre société et votre activité ?

Je dirige la Fédération française de la franchise, qui a pour mission de défendre et promouvoir ce modèle d'entrepreneuriat unique et extrêmement important pour l'économie de notre pays. J'ai réalisé une grande partie de ma carrière dans la grande distribution. Après mes études économiques, j'ai d'abord intégré le groupe Promodès qui s'était développé grâce à la franchise, puis, après la fusion, le groupe Carrefour. Cela me permet d'avoir une vision très précise des atouts de la franchise par rapport au modèle succursaliste et de la défendre avec conviction.

Je suis quelqu'un de pragmatique, qui privilégie le travail collectif avec ses équipes, les autres fédérations et l'ensemble des experts. Nous avons la chance de compter parmi les membres de la fédération des avocats, des experts-comptables et des spécialistes de l'accompagnement des réseaux avec lesquels nous échangeons en permanence. Mon rôle est de conduire la réflexion, d'ouvrir des portes et de bâtir en co-construction. C'est notamment ce que nous faisons au sein de l'Académie de la franchise, notre organisme de formation, où nous concevons des programmes spécifiques avec nos experts.

Si vous aviez un message à faire passer aux responsables politiques actuels, quelle que soit leur échelle (locale, régionale, nationale, etc), que serait-il ?

Un enjeu majeur et très structurant s'impose aujourd'hui à nos réseaux : la transmission d'entreprise. Cinq cent mille dirigeants partiront à la retraite dans les années à venir, avec trois millions d'emplois en jeu. C'est particulièrement critique pour la franchise. Ces vingt dernières années, les réseaux ont énormément misé sur le développement et la création. Nous entrons désormais dans une phase où l'effort doit porter sur la rétention et la transmission, sous peine de remplir le tonneau des Danaïdes.

Mon message aux politiques est clair : prenez la mesure de ce risque. Une majorité de nos réseaux peinent aujourd'hui à trouver des repreneurs. Il faut impérativement rendre la reprise aussi attractive que la création, notamment en transposant aux repreneurs les dispositifs d'aide accordés aux créateurs. Les PME et les franchisés assurent le maillage du territoire : chaque fermeture de commerce affaiblit le lien social et la sécurité locale. C'est la vitalité économique des territoires qui sera menacée à terme si rien n'est fait.

C'est pourquoi nous défendons l'ouverture du pacte Dutreil aux salariés, une proposition portée avec Renaud Dutreil et Amir Reza-Tofighi, du syndicat « Les entrepreneurs ». Lorsqu'un dirigeant ou un franchisé n'a pas de successeur familial, la transmission aux salariés est une voie naturelle mais encore trop complexe. Pourtant, un collaborateur de longue date connaît parfaitement le métier, les rouages et la culture de l'enseigne. Présenter un tel profil devant une banque réduit considérablement le risque financier, puisque l'activité existe déjà et que le candidat connait parfaitement l’entreprise . Les pouvoirs publics doivent faire preuve d'innovation pour faciliter ces reprises par les salariés. Serge Papin a récemment repris ce point en proposant la pérenisation du Dutreil pour la succession familiale et du pacte Papin pour les salariés.

Quelle est la décision que vous avez prise par le passé et qui a tout changé dans votre manière de diriger votre entreprise, et comment cette décision a été provoquée ?

La décision d'incarner pleinement mon rôle à mon arrivée il y a sept ans, en m'appuyant sur la force du collectif. Nous sommes une équipe de treize personnes et nous construisons au quotidien l'offre de la fédération : nouveaux services, formations, webinaires et grands événements, à l'image du Gala ou des Assises de la franchise. Ces dernières permettent de réunir juristes, directeurs de réseau, développeurs et experts pour échanger sur les enjeux du secteur et partager leurs meilleures pratiques.

La crise du Covid a été l'occasion de moderniser en profondeur les méthodes de travail d'une fédération cinquantenaire qui avait connu très peu de directeurs généraux avant moi. Il a fallu équiper les équipes, instaurer le travail à distance et repenser notre utilité auprès des adhérents et des pouvoirs publics. Il a également fallu . repenser totalement la communication notamment digitale et construire notre présence sur les réseaux sociaux.

Historiquement, la fédération n'intervenait en affaires publiques que sur le droit strict de la franchise. Durant la crise sanitaire, nous nous sommes retrouvés autour de la table avec d’autres fédérations du commerce avec le ministère de l'Économie pour faire remonter les réalités de terrain de nos quelque quatre-vingt-dix secteurs d'activité. À la sortie de la crise, le conseil d'administration m'a confirmée dans cette démarche : porter la voix des entrepreneurs sur tous les sujets transversaux qui les touchent, qu'il s'agisse des baux commerciaux, de l'énergie ou des réglementations.

En quoi selon vous le futur est-il prometteur ?

D'abord parce qu'un Français sur trois souhaite entreprendre, et qu'une large majorité d'entre eux envisage de le faire en franchise. Le modèle apporte la réassurance et la visibilité nécessaires pour ne pas se lancer seul face aux risques et incertitudes économiques et politiques.

Ensuite, l'essor de l'intelligence artificielle représente un formidable levier. Pendant la crise sanitaire, les réseaux de franchise avaient pris une longueur d'avance sur les indépendants isolés parce que les franchiseurs mettaient déjà à disposition les outils digitaux et les formations pour la vente à distance. Il en va de même pour l'IA : 70 % de nos franchiseurs l'utilisent déjà et plus de la moitié développent des outils internes adaptés à leur concept, qu'ils déploieront rapidement sur l'ensemble de leur réseau. Ce rôle de R&D propre au franchiseur est un avantage concurrentiel décisif.

Enfin, dans une société de plus en plus numérisée, le besoin de proximité et de lien humain reste fondamental pour le commerce et les services. Pour que cet avenir tienne ses promesses, les entrepreneurs ont néanmoins besoin d'une stabilité politique et réglementaire. Il est indispensable de cesser la complexification constante et d'arrêter de surtransposer les textes européens.

Vous pouvez retrouver Véronique Discours-Buhot et ses actualités sur LinkedIn.

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