Samuel Caux - "En tant qu'entrepreneurs, nous devrions pouvoir naviguer de façon claire et limpide, ce qui n'est pas toujours le cas."
Les Insubmersibles
Pouvez-vous vous présenter, ainsi que votre société et votre activité ?
Samuel Caux, 51 ans. J'ai la chance d'être papa de quatre enfants et je dirige, depuis son lancement en France, la filiale d'un groupe américain : eXp Realty, coté au Nasdaq à New York, qui est la plus grande agence immobilière au monde.
J'ai donc lancé et fait grandir la filiale française, qui compte aujourd'hui 830 consultants. Nous sommes présents dans toutes les régions, y compris aux Caraïbes et à La Réunion, et nous opérons sur la transaction immobilière. Nous sommes un réseau de mandataires, un réseau de conseillers indépendants.
Ma mission est double : continuer à faire grandir cette plateforme, mais aussi la connecter aux 29 autres pays de la galaxie eXp et faire en sorte que nous devenions une marque importante de la transaction immobilière en France.


Connaissez-vous des méthodes venues de pays étrangers — pas qu'en Europe d'ailleurs — qui mériteraient d'être importées en France ? À l'inverse, quelles sont les spécificités françaises qui font que le secteur a les meilleurs atouts pour l'avenir ?
Les défauts sont des qualités, et les qualités peuvent devenir des défauts. C'est ce que j'ai pu constater au cours des six années où je suis au contact de personnes à l'international : Afrique du Sud, Inde, Australie, Angleterre, Espagne, Portugal, et bien évidemment États-Unis et Canada. Des cultures très différentes. S'il y a une chose flagrante, c'est que le Français est révolutionnaire, contestataire, et qu'il a une résistance au changement plus forte que dans d'autres pays, c'est une certitude. Et encore une fois, je ne veux pas pointer cela uniquement comme un défaut, parce que c'est aussi une qualité : il y a un libre arbitre, une pensée qui n'est pas forcément collective, les gens osent lever la main.
J'ai eu une carrière avant eXp et je constate vraiment un écart flagrant dans la mise en œuvre des choses. Dans bon nombre de pays et notamment chez nos amis anglo-saxons, mais pas seulement, une idée se transforme en projet et en action en quelques heures ou quelques jours. Chez nous, c'est du domaine de l'impossible : il faut consulter, obtenir un consensus, prévenir, reconsulter… On a une lourdeur qu'on s'auto-impose, par les mœurs et par la culture, et qui finit par devenir un frein. J'ai vu des décisions stratégiques prises pendant une réunion et mises en application avec les US dès le lendemain ; dans un groupe en France, c'est quelque chose que je trouve inimaginable, tout est beaucoup plus long ici. Dans la transaction immobilière également, on a un temps long : aux États-Unis, vous pouvez visiter une maison, ou recruter un conseiller qui vous rejoint, et générer du chiffre d'affaires une semaine après.
Je pense que c'est vraiment dans notre ADN, c'est culturel. C'est pour cela que je remontais aussi loin que la Révolution française : on a vécu les Lumières, on a connu beaucoup de choses qui font que cela fait partie de l'ADN de la culture française. Il faut probablement le garder : je suis gaulois avant tout ! Mais côté politique et administratif, il y a une difficulté et une lourdeur qui handicapent sérieusement les entreprises et les organisations, et on le mesure encore davantage à l'international. Je ne suis pas du tout pour le laxisme, je suis même parfois pour plus de règles, mais des règles claires, des règles qui ne court-circuitent pas d'autres règles. Aujourd'hui, on doit consulter trois codes Dalloz différents pour comprendre comment faire les choses correctement. Même quand on interroge un juriste ou un avocat sur un point précis, on n'obtient pas de réponse franche. Ce n'est pas normal. En tant qu'entrepreneurs, en tant que chefs d'entreprise, nous devrions pouvoir naviguer de façon claire et limpide, ce qui n'est pas toujours le cas. Il y a toujours cette ambiguïté en France, due à un excès de règles, de textes, à un manque de clarification et à une lourdeur administrative. Ça, c'est une certitude.
En quoi, selon vous, le futur est-il prometteur ?
Si je me cantonne à mon domaine, la vente et la transaction d'immobilier résidentiel, il y a un immobilier de besoin qui continuera d'exister et de perdurer. L'immobilier de confort, lui, est un point d'interrogation : il dépend beaucoup de l'économie et de la confiance. Mais la majorité des transactions immobilières relèvent de l'immobilier de besoin. Je pense que nous sommes un pays très attractif. Il nous faudrait une stabilité fiscale, ce que nous n'avons jamais eu ; mais nous avons un pays magnifique, probablement l'un des plus beaux au monde, avec un climat relativement tempéré, au centre de l'Europe. Un grand pays, avec de belles régions et de belles particularités régionales.
Une parenthèse d'ailleurs : je suis en train d'organiser un événement à Paris qui réunira toute la planète eXp, des gens venus du monde entier, et je me fais un plaisir de réaliser un magazine qui met en avant chaque région française pour tous nos partenaires. Nous avons plein de belles régions et de beaux endroits qui peuvent séduire à l'international, qui peuvent constituer un point de repli ou un lieu de retraite. Nous ne sommes pas les seuls, bien entendu : l'Italie, l'Espagne, le Portugal ont aussi des cartes à jouer. Mais nous en avons également.
Cela passe peut-être aussi par le volet fiscal, notamment pour ceux qui veulent investir et s'installer dans notre pays, d'où ce que je disais plus tôt : besoin de plus de simplification, plus de visibilité, plus de vision. L'infrastructure du pays, elle, fonctionne bien. On peut se plaindre de beaucoup de choses, mais nous avons un service public qui est, je pense, assez extraordinaire comparé à bon nombre de pays. Même si l'on en voit peut-être un déclin certain, il n'empêche que nous avons encore cette infrastructure et qu'elle tient le choc. Si je cherchais à m'expatrier en vieillissant, je me dirais : « Oui, mais là, je n'aurai pas le même niveau hospitalier qu'en France. » Et c'est une réalité. Idem pour la scolarité : je suis allé à Cape Town où la scolarité d'un enfant en primaire coûte 2 500 € par mois : il faut pouvoir gagner sa vie en corrélation avec cette réalité.
Vous pouvez retrouver Samuel Caux et ses actualités sur LinkedIn.
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